Last Gasps

Posted in FILM with tags , , , , , , , , , , , , , , on December 7, 2017 by dcairns

Suddenly this blogathon is behaving a bit like a blogathon — I have a post at The Notebook on James Whale’s final film, and here is Shruti Narayanswamy’s piece on SUPERMEN OF MALEGAON which you may not have heard of but NEED TO HEAR OF. And thanks to my chance meeting with Shruti last week, YOU CAN! Click here.

Further to that, we have another guest post by Jacky Goldberg. It’s in French — but there’s an app for that — and it’s a beauteous love letter to a filmmaker dear to all our hearts, I hope ~

LATE BLAKE EDWARDS

Peu de choses m’émeuvent davantage que les films de vieux cinéastes manifestant plus de vigueur que la plupart de leurs jeunes collègues. Parmi ces derniers, ceux que Blake Edwards a réalisé dans les années 80 occupent une place de choix dans mon panthéon. De 10 en 1979 (devenu Elle en français) à Switch (La revanche d’une blonde en français) en 1991 — je ne compte pas Le fils de la panthère rose en 1993, triste coda sans Peter Sellers —, Blake Edwards aura non seulement porté la comédie américaine à son acmé, mais également signé plusieurs chef d’oeuvres sur les relations hommes-femmes, par le biais de personnages en crise existentielle. Dans la douzaine de films réalisés à cette époque (quelle énergie!), quatre en particulier me fascinent, au point que j’y pense pratiquement tous les jours.

Il y a donc d’abord 10, premier succès public et critique depuis douze ans — après une décennie 70’s complexe pour Edwards, dominée par de jeunes barbus qu’il moquera joyeusement dans S.O.B —, qui met en scène un musicien en pleine crise de la quarantaine (Dudley Moore), marié à l’impériale Julie Andrews, la propre épouse du cinéaste. Pas besoin d’être devin pour comprendre qu’il s’agit là d’un film largement nourri d’éléments autobiographiques — et peut-être, comme j’ai toujours eu envie de croire sans en avoir la preuve, inspiré de la vie de Burt Bacharach. La plantureuse Bo Derek courant sur la plage au ralenti, les cheveux tressées et perlées frappant délicatement ses épaules bronzées, est devenu un cliché mille fois cité depuis… et un cauchemar pour les coiffeuses qui ont vu affluer des centaines de femmes leur demandant la même parure – qui prendra d’ailleurs le nom de « Bo Derek ». Ce n’est pas nécessairement mon film préféré de la période, mais c’est probablement le plus influent : il a définitivement montré comment filmer un club de vacances. Pour ne citer que deux descendants : le remake (sous-estimé) de The Heartbreak Kid par les frères Farrelly en porte la trace, ainsi que le très beau Forgetting Sarah Marshall de Nick Stoller. Il a aussi changé à jamais l’image du Boléro de Ravel, le mettant au niveau des hymnes sexy de Prince.

Je passe les merveilleux S.O.B, Victor/Victoria, Trail et Curse of the Pink Panther, ainsi que L’homme qui aimait les femmes (remake du film de Truffaut, avec Burt Reynolds dans le rôle de Charles Denner, très différent mais aussi bon que l’original), pour m’arrêter un instant sur ce qui est pour moi le chef d’oeuvre de Blake Edwards, tout en étant un de ses films les moins connus : Micki & Maude. Réalisé en 1984, il réunit pour la deuxième Blake Edwards et Dudley Moore, toujours en crise existentielle, et cette fois-ci aux prises avec deux épouses, toutes deux enceintes. Moore est sincèrement amoureux des deux femmes, et il lui est impossible d’en quitter une pour l’autre. A partir de ce canevas, Edwards tire toutes les ficelles comiques (et dramatiques) possibles, et signe un film fou sur le choix impossible, et sur le polyamour (avant que le concept ne devienne le fond de commerce des mauvais magazines de psychologie). Ce me qui désarme ici est le regard de Dudley Moore, sa fragilité, son absence totale de cynisme. Il ne calcule rien. Il veut sincèrement être un mensch, être heureux et rendre son entourage heureux. Assumer ses responsabilités. Mais l’élastique du réel se tend de plus en plus et finit par craquer dans un dernier acte à la maternité, lorsque les deux femmes accouchent en même temps. La grandeur ultime de Blake Edwards consiste à essayer de bricoler malgré tout une forme d’utopie pour cette famille impossible.

Deux ans plus tard, en 1986, après le plutôt raté A Fine Mess, Edwards reprend sa veine autobiographique avec That’s Life. Cette fois-ci, c’est Jack Lemmon qui le joue lui (à soixante ans), et Julie Andrews, imperturbable, demeure l’épouse. Imperturbable est vraiment le mot : elle est le coeur film, celle sans qui tout s’effondre. Le ton est étrange, alternant burlesque pur (comme plus personne ne sait en faire) et dramedy quasi télévisuelle. Mais c’est ce qui fait sa force. J’ai toujours aimé les films insituables, qui refusent de choisir, qui ne paient pas de mine et déploient leur force tranquillement, de façon souterraine — termite, comme dirait Manny Farber. Alors que la beauté de Micki & Maude tenait dans la fragilité de son personnage masculin, celle de That’s Life réside dans la solidité de son personnage féminin, entourée de pleutres. Désormais, le mensch, c’est elle, elle qui tient sur ses épaules le foyer, la communauté. Quant au titre, il résume à la perfection je trouve la philosophie stoïque d’Edwards.

Le film suivant, Blind Date, mériterait un paragraphe entier, ne serait-ce que pour dire à quel point Bruce Willis fut, à cette époque, un grand acteur comique (ainsi que Kim Basinger), mais je vais directement à Skin Deep, sautant au passage le très mineur Sunset (un hommage un peu vieillot au cinéma classique), et le génial Switch (film complètement queer, dans lequel un prédateur sexuel se voit réincarné dans le corps d’une femme, avec la mission d’être sincèrement aimé s’il ne veut pas aller en enfer). Skin Deep, ou L’amour est une grande aventure en français, contient tout simplement une de mes scènes de cinéma préféré, une scène à laquelle je pense constamment. C’est une autre de ces comédies existentielles sur les tourments du sexe et de l’amour (un truc typiquement français donc, pas étonnant qu’Edwards ait voulu remaké Truffaut). Le personnage principal, joué par John Ritter, est un écrivain à succès, et un sex-addict (il est évidemment le modèle d’Hank Moody dans Californication). Il va d’échec en échec, sa vie n’a plus aucun sens, et il décide de s’accorder un peu de temps pour aller méditer sur la plage. Il ferme les yeux. Réfléchit… Soudain, une vague plus grosse que les autres le renverse du rocher sur lequel il s’était assis. ”Eureka” se dit-il alors ! Il court chez son ami, ouvre grand la porte qui donne sur la plage et, trempé jusqu’aux os, déclame cette phrase sublime : « I’ve seen God, and you know what : he’s a gag writer ! ». Stupeur de son ami. Silence…. La seconde suivante, une seconde vague, immense, presque un tsunami, s’engouffre par la porte et emporte tout sur son passage, écrivain, ami, mobilier. Cut. Pourquoi cette scène me bouleverse tant ? Parce qu’elle illustre à la perfection l’art du contretemps edwardsien (caractère imprévu et dévastateur de la seconde vague), en même temps que son fatalisme comique (« Dieu écrit des blagues »). La vie a bien un sens, comprend John Ritter après la première vague, et c’est le suivant, se voit-il confirmé par la deuxième vague : tout est absurde et tragique, et tout ce qu’on peut y faire est d’en rire — c’est la seule chose qui puisse nous connecter à l’au-delà et nous sauver.

Blake Edwards est vivant écrivait en 1962 Pierre Rissient dans sa revue Présence du cinéma (une revue concurrente des Cahiers et de Positif, où écrivait les membres de cette petite secte américano-cinéphile, encore très influente, qui se faisait appeler Mac-Mahoniens, du nom de leur cinéma fétiche sur les Champs Elysées). Pour moi, cette assertion reste vraie, et si depuis le paradis, son facétieux tenancier me demandait de choisir un réalisateur pour réaliser mon biopic, je prendrais Blake Edwards sans hésiter.

Jacky Goldberg

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Lock-Up

Posted in FILM, Theatre with tags , , , , on December 7, 2017 by dcairns

Since this tiny “blogathon” concludes on a Thursday this year (officially), in many ways its centrepiece is The Forgotten, and I have an exciting one — HELLO OUT THERE, from a play by William Saroyan, James Whale’s unreleased final work, available to view at The Notebook. A cri de coeur from the author of The Time of Your Life and the auteur of FRANKENSTEIN.

Watch it!

Lubitsch’s Final Touch

Posted in FILM, MUSIC with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on December 7, 2017 by dcairns

Ernst Lubitsch had a sensational end run, with TO BE OR NOT TO BE, HEAVEN CAN WAIT and the less celebrated but easily equal CLUNY BROWN. Before those three is the less stellar THAT UNCERTAIN FEELING, but then you have THE SHOP AROUND THE CORNER and NINOTCHKA. The only blots on this celluloid landscape are the Preminger intrusions, A ROYAL SCANDAL, produced and heavily supervised by Lubitsch, and THAT LADY IN ERMINE which Lubitsch began but died before finishing, with Otto Preminger stepping in to complete, uncredited.

A ROYAL SCANDAL isn’t all that bad, and it does have a wonderful moment where William Eythe (of Who the hell is William Eythe? fame) steps out of a tight two-shot with Tallulah Bankhead, paces the room, distracted, and is then surprised to have himself wind up back in a tight two-shot with Tallulah Bankhead, who has nipped round the back of the camera, unseen, and positioned herself in his path. A witty, self-conscious and wonderfully silly use of screen space.

THAT LADY IN ERMINE doesn’t have the benefit of a live Lubitsch to watch over its late production and post-production, and so it’s a lot more uneven. Still, it’s not exactly terrible. Preminger’s broad, ham-fisted approach to comedy (see SKIDOO and Vincent Price’s delicious line, “Otto had the sense of humour of a guillotine,”) pushes through the smooth understatement of Samson Rafaelson’s script, to create a giddy sense of goofiness that doesn’t feel under anybody’s control.

Hard to know if that script would have played markedly better under Lubitsch’s baton, because there’s a prevailing sense of derangement. The movie is a kind of operetta, with a few songs (by Frederick Hollander, so not bad, but not his best) and a Ruritanian setting. So it’s harkening back to Ernst’s early 30s Chevalier productions at Paramount. But, as they say, something new has been added, or several somethings.

First, Technicolor™! While it’s true that the colour in HEAVEN CAN WAIT is a little ugly and adds an unwanted heaviness to the proceedings (20th Century Fox tended to pump up the chroma to almost Goldwynesque levels of vulgar intensity), it really can’t harm such a surefooted and charming work, any more than the sexism and the contortions to get around the censor can. Here, with less ideal circumstances, the colour does hurt, even though it’s cinematographer Leon Shamroy’s trademark golden honey light and cobalt blue shadows, which I usually like. ladled over fairytale kingdoms and dream sequences and Hungarians, it gets a tad gooey.

Then there’s the cast. Lubistch had a genius for getting adept light comedy perfs out of unlikely thesps. Preminger didn’t. Lubitsch knew he could coast along on the sheer surprise of Gary Cooper being funny, and Jack Benny being dramatic (and funny). Here we have Betty Grable, who’s sometimes funny, and Douglas Fairbanks Jr. who can play anything, but can’t BE a husky Hungarian warlord. Preminger has good fun with his fatuousness, which Lubitsch might have tamped down. Further down the list, Reginald Gardner returns from CLUNY BROWN as milquetoast cuckold #1, and Cesar Romero plays milquetoast cuckold #2 a little uncertainly, as if he’s not quite sure why his character’s meant to be funny. His presence along with Grable’s recalls Preston Sturges’ THE BEAUTIFUL BLONDE FROM BASHFUL BEND, another late film, the following year, where “Butch” is even more miscast. Fox films had this problem a lot, it seems to me — the contract players got shoehorned into movies they weren’t suited to. Walter Abel is a skilled farceur, and some of the weird innuendo is pleasing — there’s a sense of a sado-masochistic thing going on between Abel and Fairbanks, his superior officer, which is amusing. Plus, gratuitous Harry Davenport.

Betty sings, several times, a song with the lyric “What I’ll do to that wild Hungarian,” and Lubitsch seems very pleased indeed with his double entendre and with his use of the word “Hungarian” as a kind of all-purpose punchline. Or maybe it’s Preminger’s cackles we seem to hear.

A few gruesome cartoony sound effects showcase Otto’s leering comedy style, but mostly the problem is a subtler one of feeling, a sense that nothing is quite right. The story involves not only the fantasy of musical numbers and mythical realms, but paintings coming to life at midnight and a long flashback and a couple of long dream sequences. Double voodoo, and triple voodoo. And the feeling, as with yet another, but far better Sturges late film, UNFAITHFULY YOURS, that if so much of the movie is dream sequences, what’s left for us to take away rom it? (I never felt this really answered the question of what’s wrong with the often-brilliant UNFAITHFULLY, but it was Sturges’ own pet theory.)

Still, as a vaguely Christmassy (at the end) romance about marriage and dreams and fidelity, maybe you could double-bill it with EYES WIDE SHUT (also completed after it’s auteur’s demise, though at least shooting was finished) for a nice festive Fever-Dream Double Feature?